Lorsqu’on visite le Portugal , les tyranniques injonctions du Guide du Routard ne laissent pas vraiment le choix . Il faut impérativement faire la tournée des 3 monastères, sous peine de perdre une dimension essentielle du voyage , et , plus grave , de se retrouver stupidement muet lorsque , plus tard , dans une conversation entre amis , on vous demandera : Et vous avez fait Tomar , Batalha et Alcobaça ?
Vous pourrez toujours répondre que non , vous ne les avez pas faits , car ils étaient deja là bien avant que vous n’ entriez en terres lusitaniennes . Mais ça ne suffira pas . Il vaut donc mieux les visiter . Pour tout dire , ça en vaut vraiment la peine .
Commençons par le monastère de Batalha . Je mets tout de suitre un lien pour tout ce qui est de la partie technique architectonique .Cela m ‘évitera des copier/coller qui n ‘ajouteraient pas grand chose à cet article .
Le monastère de Batalha , de son véritable nom Monastère Santa Maria da Vitoria , est un gigantesque et majestueux ex-voto offert par le monarque Joao I pour sa grande victoire d’ Aljubarrota , le 14 Aout 1385 , sur son adversaire castillan Juan I .
Revenons sur cet évènement . Il est d importance et peut être inclus dans la liste des actes fondateurs de la nation portugaise .
En 1383 , le roi du Portugal Fernando I meurt sans héritier male . Il n existe pas dans ce pays de loi salique qui puisse écarter les filles de la succession . Or , Fernando a une héritière légitime , Beatriz , mariée au roi de Castille Juan I . On s’achemine vers une réunion des couronnes .
Mais en 1385 , les cortes portugaises , une sorte de parlement representant les differentes composantes de la nation , acclament le grand maitre de l ‘ordrte militaire d Avis comme souverain légitime . Celui ci , Joao de Avis , est fils naturel du roi Pedro I , donc le demi frère de Fernando . Ça ne peut evidement pas bien se passer . L ‘ affrontement entre Castille et Portugal est inévitable . Et comme nous sommes en pleine guerre de 100 ans , la fracture France/Angleterre se propage jusque dans cet affrontement ibérique .
Les castillans sont renforcés d’un fort contingent de chevaliers français . Les portugais , quant à eux , sont épaulés par 600 vétérans anglais ( dont les précieux archers )
C est une éclatante victoire portugaise . Elle scelle l’indépendance du pays . Et l ‘alliance avec l’ Angleterre , qui dure encore aujourd’hui .
Tout celà mérite bien un monastère . Ón se met au travail dès1386 , et on y installe les dominicains.
Le maitre d’oeuvre de cette première phase est Afonso Domingues , qui dirige les travaux jusqu’en 1402 . C ‘est un grand architecte , et un homme du moyen âge . La nef , le cloitre principal , la salle du chapitre et la chapelle du fondateur sont de style gothique flamboyant . Nous sommes à la charnière du XIV et du XV siècle . La navigation et les grandes découvertes n’ont pas encore imprimé leur marque caractéristique à l’architecture du pays . Il faudra encore des décénies pour que s’epanouisse le style manuelien .
Revenons au début du XV siècle . A Afonso Domingues succède un architecte aussi brillant que mystérieux : David Huguet . On ne sait trop s’il est irlandais ou catalan , arrivé dans les valises de la reine Philippa de Lancastre , épouse de Joao I .
La chapelle du fondateur est son chef d oeuvre . C est un edifice de plan carré qui s’ouvre sur le coté droit de la nef . Au centre , un octogone , qui sert de lanterne . C’est le panthéon de la dynastie. On y trouve le mausolée de Joao I et de la reine Philippa . Il y a une claire volonté de marquer dans la pierre la légitimité de cette toute nouvelle dynastie d’Avis .
Les “ capelas imperfeitas “ ( que je traduirais par chapelles inachevees et non pas chapelles imparfaites ) sont plus récentes . Elles étaient initialement destinées à être le panthéon du roi Duarte I , fils de Joao I . La partie manueline de ces merveilles inachevées , qui couronne certains éléments de gothique flamboyant , est encore postérieure et date de l époque de Joao II , à la fin du XV eme siècle . Elle est l ‘ oeuvre de Mateus Fernandes l’Ancien . En ce sens , le portail de l ‘octogone des chapelles inachevées en constitue l ‘élément le plus saisissant et le plus emblématique , fascinante architectuire où des arcs mudejars engloutis disparaissent sous les coraux et les madrépores . L’ épopée des découvertes vient s’écrire dans la pierre calcaire de la Serra de Candeeiros .
Voilà pour ce monastère . Refaites en le tour en sortant . Regardez le soleil jouer son jeu d’ombre et de lumière sur ses structures complexes . Laissez vous envahir par l ‘idée de Dieu , si ainsi en appelle votre ame . Ou bien songez , plus prosaiquement , aux efforts déployés dans la pierre pour sanctifier pouvoir et légitimité .
Je serais surpris que Batalha vous laisse indifférents ...