Toutes les versions de cet article : [français] [Português] Gazette Thalassa nº 10 Mai 2011Les bénéfices que l’on peut retirer de l’activité physique ne sont plus à démontrer : il suffit , pour s’en convaincre , de laisser parler le bon sens et de lire quelques études médicales . Une fois ce théorème établi , il ne reste plus qu’a mettre en pratique . Et c’est là que les problèmes commencent . Comment arriver à nous libérer de ce carcan d’habitudes et de paresse qui nous enserre au jour le jour ? La première règle : ne pas réfléchir . Ne pas se demander si on a envie d’aller transpirer dans un gymnase , courir sous une pluie battante , ou aller marcher alors qu’il reste tant de taches qu’on a reporté durant la journée et qu’il faudra bien finir par effectuer . Si nous nous demandions chaque matin s’il est vraiment licite et nécéssaire d’accomplir les innombrables taches qu’implique la vie en société , il y a fort à parier que nous en laisserions beaucoup de coté . Si celà n’arrive pas , c’est parce que l’Homo Socialis , ( qui hélas se transforme de plus en plus en Homo Economicus...) est l’objet d’ un conditionnement qui lui permet de prendre un ensemble de décisions quotidiennes de manière automatique . Ce que je propose , c’est d’utiliser cette faculté de conditionnement à notre avantage . En quelque sorte aller faire du sport un peu comme on se rase le matin ou comme on va quotidiennement à son travail , suivant un shema d’activités pré établi s’apparentant aux mécanismes du reflexe conditionné.. Deuxième règle : opter pour le plus grand pragmatisme . Exemple : une mère de famille vec des enfants en bas age n’a pas tellement intérêt à s’inscrire au gymnase : elle n’ira jamais . Par contre , elle paiera toujours . Elle aura tout intérêt à s’équiper d’un vélo d’appartement . Troisième règle : tenter autant que faire se peut , de pratiquer l’ activité que l’on préfère , ou du moins celle que l’on déteste le moins . Ne pas essayer de faire pédaler une sirène , ni d’immerger un hydrophobe . Le sport doir rester une activité ludique . Est ce que ça en vaut vraiment la peine , toute cette sueur , ces larmes et ce sang ( comme dirais Churchill ) ? La question ne se pose plus vraiment . L’activité physique permet un meilleur controle du poids , une diminution du cholesterol total avec augmentation relative du bon cholesterol ( HDL ) , une régulation de la glycémie , une diminution du risque cardio vasculaire , une exellente prévention de l’ostéoporose , une influence protectrice vis a vis de certains cancers ( sein , colon ) et , d’une manière générale , un effet apaisant et anti stress . Tant de bénéfices évidents m’ont convaincus depuis longtemps . Je suis un adepte des activités sportives depuis ma jeunesse . Cela ne m’a pas forcément bien conservé du point de vue esthetique , ni donné meilleurs caractère , mais l’effet sur le poids et les constantes biologiques est tout à fait satisfaisant . J’étais plutôt adepte des activités de plein air , mais une fracture de la clavicule au cours d’un match de rugby m’a fait découvrir le monde étonnant des gymnases . Je vous livre mon experience . Vous y reconnaitrez peut être un peu de la votre . Je disais donc qu’un accident de sport m’a éloigné des terrains et incité a effectuer un travail de remusculation de l’épaule . J’ai cherché une petite salle de type familiale ( je tremble que les gens du Homes Place ne lisent cette prose , eux qui nous ont très gentiment proposé un partenariat auquel nous n’avons pas donné suite : que voulez vous , certains ne sont décidément pas faits pour le mariage ...) Je l’ai trouvée , aux confins de Graça et Penha de França . A peine entré , j’ai compris que personne n’etait là pour plaisanter : assistance presque exclusivement masculine , ambiance musculeuse de videurs de boite . J’ai eu une petite pensée pour les créatures de reve qui enrichissent de leur feminité les gymnases à la mode , j’ai rassemblé le peu de courage que la nature m’a octroyé , et je me suis inscrit . Si je n’avais pas eu ma taille pour moi , je serais peut être reparti immédiatement . Les premières scéances ont été des moments de flottement , dans la mesure ou je ne savais pas à quoi servaient la majorité des appareils . J’ai donc observé , jusqu’à trouver mes marques . J’espère que personne ne s’est trompé sur le sens de cette observation ... Une bonne scéance doit débuter par un échauffement aérobie . J’ai donc commencé par courir sur le tapis . Mais le gymnase manquait de senteur printannières et de bruit de vagues , et la morne litanie des feuilletons américains qui défilaient sur l’écran de télévision a achevé de me déprimer . C’est à ce moment que j’ai eu mon illumination . Je me suis installé à une de ces bicyclettes ergométriques où l’on pédale assis , et , ayant ouvert un livre , j ’ai réalisé mon échauffement tout en le parcourant . Solution idéale pour qui aime la lecture .L’esprit totalement déconnecté du corps , j’apprends des choses bien interressantes durant ces heures de pédalage : l’ouvrage traite de la monarchie des Lumières en France , c’est à dire principalement de la régence et du règne de Louis XV. On y analyse cette suite complexes d’évènements qui , en un peu moins d’un siècle , a mené à la révolution française . C’est un ouvrage un peu rebarbatif par moments , avec des descriptions détaillées de politiques fiscales , ou bien des explications alambiquées sur les développements du Jansenisme au XVIII siecle , apres le long règne de Louis XIV . Questions de spécialistes , difficiles à trancher au milieu des rugissements de souleveurs de fonte . Je relève au passage quelques anecdotes savoureuses . Sait-on par exemple que le mot français silhouette provient d’un nom propre , celui du sieur Silhouette ? Ce dernier , ministre des finances de Louis XV , tentait de faire rentrer l’impot pour retablir les finances du royaume en éternel déséquilibre . Il avait la réputation de vider toutes les poches . Il circulait dans Paris des dessins satiriques représentant un personnage stylisé avec les poches vides et retournées . On les appelait dessins a la silhouette ... Je glane ici et là quelques phrases étonnantes , fruit de l’intuition géniale de quelques esprit à la mesure de leur époque . Jean Jacques Rousseau , par exemple , écrit autour de 1770 : « Il est encore en Europe un pays capable de législation : c’est l’île de Corse . La valeur et la constance avec lesquels ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté mériterait bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver . J’ai quelque pressentiment qu’un jour , cette petite île étonnera l’Europe » . Trente ans avant le triomphe de Napoléon . Je note aussi cette incroyable phrase de Turgot , le grand ministre , concluant une lettre adressée a Louis XVI « N’oubliez jamais , Sire , que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles I d’Angleterre sur le billot » . Louis XVI fut décapité quelques années plus tard , lors de la Révolution . Comment me voit-on , moi et mon pédalage studieux ? Je ne préfère pas trop me poser la question . Mon image de marque pourrait en être affectée . Et ce d’autant plus qu’après l’échauffement , je fais des étirement , ce qui , dans ce contexte de gros-muscles , parait on-ne peut plus féminin . C’est pourtant on-ne-peut plus utile , pour ne pas souffrir des effarantes retractions tendineuses de tous ces costauds qui déambulent comme s’ils portaient des valises sous les bras . Je sens qu’il faut que je me refasse une image de virilité . Je prends mon air le plus dur , le plus ténébreux , à mi chemin entre le légionnaire romain et le croisé médieval , et je me dirige vers les machines en priant secrètement pour ne pas les utiliser à l’envers . Mon attitude martiale fait son effet . On me considère avec un peu plus de respect . Je n’en reste pas moins un gringalet dans la cour des gladiateurs . Entre chaque série , il est bon de réaliser des étirements , même si cela doit nous valoir les regards interrogatifs de nos voisins . Après tout , moi aussi je suis perplexe devant les interminables poses face au miroir qui rythment les exercices de la majorité des athetes . Je jette un coup d’oeil à la seule femme présente aujourd’hui au gymnase , une chinoise quinquagenaire , et je lui souhaite bien du courage si elle veut jouer la nymphe Echo de tous ces Narcisses . 20 minutes de course lente pour éliminer l’acide lactique . Ce sera suffisant pour aujourd’hui . J’ai terminé mon livre . Ultime interrogation , sous la douche : quelle étrange amnésie a envahi Louis XVI lorsqu’il écrit dans son journal , au soir de la prise de la bastille , au début de la révolution française : « Mardi 14 Juillet 1789 : Rien » ... Dr Pierre Baysset |
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